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Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /Juin /2010 19:51

                       Nicolas Sarkozy a decidé de supprimer le traditionnel "garden party" du 14 juillet ainsi que le classique concert sur le Champ de Mars. Il vient, en outre, de demander à son gouvernement d'appliquer un certain nombre de mesures sur le nombre des conseillers des ministres et des secrétaires d'Etat, des véhicules et logements mis à leur disposition. Le but est de parvenir aux normes fixées par l'Union Européenne en matière de déficit budgétaire et du taux d'endettement de l'Etat par rapport au PIB. Sur la retraite, pour essayer de juguler  un énorme déficit , son gouvernement propose dans un projet de loi de reporter l'âge du départ à la retraite de 60 à 62 ans et de rénoncer à certaines niches fiscales mises en place au début de son mandat. Il refuse de prononcer le mot "rigueur" mais l'opinion a bien compris que la France, comme beaucoup d'autres pays européens, y est contrainte. A Madagascar, le cinquantième anniversaire de l'Indépendance vient d'être somptueusement fêté. Un jubilé, sans doute, se doit d'être célébré comme il faut. Et par ailleurs, il est vrai que la rigueur est déjà une réalité quotidienne pour les Malgaches. Surtout  depuis l'avènement du régime putschiste. Ainsi, il n'y a rien d'étonnant si la population a tenu à jouïr des spectacles et des activités ludiques gratuits. Mais, par contre, il est difficile de ne pas se poser des questions sur leurs financements. Le pouvoir actuel n'a reçu aucun mandat du peuple pour gérer les finances publiques alors le minimum de bienséance est qu'il fasse preuve de modestie et de retenue dans ses dépenses. Or il verse carrément dans l'ostentatoire. Alors, l'opinion est en droit de demander  une transparence totale sur les dépenses liées à la célébration du cinquantième anniversaire de l'indépendance et de l'origine de leurs financements. 

                    Le pouvoir tégéviste se joue en effet de tous les pronostics. La banque mondiale predisait à leur endroit l'asphyxie financière à plus ou moins brève échéance il y a quelques mois. Madagascar n'y est pas encore même si c'était la panique à un certain moment. L'Etat survivait grâce aux bons de trésor qui commençaient à ne plus trouver preneurs. Il est vrai que, entretemps, Wisco est venue soulager les illégaux de leurs soucis d'argent par un apport d'une centaine de millions de dollars. La somme a-t-elle été entamée ? Il y a de fortes chances pour qu'elle l'est quand on sait que le pays est privé de toute aide budgétaire extérieure. A moins que de bonnes âmes charitables aient decidé d'offrir les spectacles et activités ludiques aux Malgaches. Mais même si c'est le cas, il faut aussi que le public soit informé pour quelles contreparties. Tout simplement parce que la "génerosité" n'est jamais désintéressée de la part d'un homme d'affaires.

                     La transparence est l'un des critères d'appréciation de la bonne gouvernance. Et elle est encore plus exigible quand un dirigeant non élu devient, de fait, gestionnaire de deniers publics. Madagascar, au lieu d'une loi de finances, fonctionne actuellement avec une ordonnance de finances. Mais cette ordonnance, au niveau des recettes, intègre des aides budgétaires extérieures qui ne viendront pas puisque les partenaires de Madagascar en ont decidé ainsi. D'où, nécessairement, des dépenses doivent être abandonnées. Tout ceci soulève des questions. Des rentrées d'argent non prévues doivent être intégrées à la loi de finances avant toute utilisation, normalement, par le biais d'une loi de finances rectificative. Alors, par rapport à toutes ces règles, le régime putschiste doit des explications. Le problème est que personne ne dispose d'assez de pouvoir pour obliger les dirigeants actuels à rendre compte de leur gestion. Et, encore une fois, le peuple est impuissant. Toutes ces libertés que le régime actuel se permet vis à vis des règles des finances publiques aboutissent au minimum, dans un pays démocratique, à des enquêtes parlémentaires. A défaut de pouvoir  offrir aux Malgaches un "Etat irréprochable" puisque le pouvoir actuel est vicié de par la manière même avec laquelle il est né, les tégévistes doivent au moins s'efforcer d e leur offrir un "respect irreprochable" de la déontologie financière.  

 

 

Par sammy rasolo
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Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /Juin /2010 18:02

Le 26 juin, Madagascar commémore un demi-siècle d’indépendance
dans la morosité et l’exaspération


               Les autorités dites de la transition ont appelé la population de Madagascar à célébrer dans l’allégresse les cinquante ans d’indépendance du pays, mais le cœur n’y est pas. La déception prévaut, la discorde s’aggrave, la misère perdure et la colère populaire menace d’exploser à tout moment. Après plus de 15 mois de crise politique, les Malgaches n’ont qu’une aspiration : le rétablissement de l’Etat de droit qui favorisera le retour de la paix intérieure, la reconnaissance internationale, la sécurité, le développement économique, le progrès social et l’exercice des libertés citoyennes. Toutes choses qu’Andry Rajoelina, censé diriger le pays depuis bientôt 500 jours sans légitimité démocratique, s’est révélé incapable de réaliser.
Cet ancien disque-jockey, publicitaire et maire d’Antananarivo s’était proclamé, le 17 mars 2009, Président de la Haute Autorité de la Transition (HAT) après un putsch qui contraignit son prédécesseur, Marc Ravalomanana, lui aussi homme d’affaires, à la démission et à l’exil. « Andry TGV » comme il aime à être appelé avait promis le rétablissement des institutions démocratiques par des élections libres, une gouvernance plus transparente, moins de corruption, plus de bien-être. C’est tout le contraire qui s’est produit. Mise à part la France qui continue, dit-elle, de croire aux promesses de son protégé, la communauté internationale n’accorde plus aucun crédit, aucun soutien à un régime à la dérive.
A l’occasion de la Fête nationale du 26 juin et des célébrations du cinquantième anniversaire de l’indépendance de Madagascar, le plus généreux cadeau que Rajoelina pourrait faire au peuple malgache serait de quitter le navire et de remettre le timonier de la HAT à une personnalité au-dessus de la mêlée politicienne. Quelqu’un de compétent, de respecté, d’intègre. Un fédérateur capable de rassembler les forces vives du pays, de regagner la confiance de la population, des investisseurs et des chancelleries étrangères et de faire appliquer le droit constitutionnel. Cette personnalité existe. Il s’agit de Raymond Ranjeva, citoyen émérite et humaniste chrétien, ancien vice-président de la Cour internationale de Justice et ancien recteur de l’Université d’Antananarivo. Au cours de l’entretien qu’il nous a accordé à Paris, cet éminent juriste et professeur a brossé un bilan contrasté d’un demi-siècle d’indépendance. Sans se prendre pour le Messie, il n’a pas exclu de répondre à l’appel que pourrait lui adresser le pays pour assurer une transition dans le calme, la sérénité et la transparence.
Cinquante ans d’indépendance à Madagascar ! En 1960, la France avait-elle bien préparé le terrain institutionnel et la relève politique et administrative malgache pour réaliser une transition sans à-coups ?
R. Ranjeva : Les bases constitutionnelles de la République Malgache ont été fixées en 1957 à la suite de la Loi-Cadre Defferre, alors que la République autonome membre de la Communauté française date du 14 octobre 1958. Le Congrès des Assemblées provinciales a proclamé la République, désigné l’Assemblée constituante qui a élu le premier Président de la République le 1er mai 1959, puis ratifié les accords de coopération lorsque le Président Tsiranana a recueilli l’indépendance. Sur le plan symbolique, la République française n’a pas abrogé la loi d’annexion de 1896 qui faisait de Madagascar une colonie française. La Constitution du 29 avril 1959 était une réplique adaptée de celle de la V° République française. Mais l’ambiguïté résidait dans la transposition d’un modèle sans considération des bases qui ont présidé à l’adoption de celui-ci. En 1958, le Général de Gaulle était préoccupé par la paralysie et l’instabilité de l’exécutif, les autres bases de l’Etat n’en étaient pas affectées et étaient renvoyées à la Constitution de 1946.
Depuis 1972, date de la chute du Président Tsiranana, les crises malgaches semblent se dérouler selon un schéma préétabli: mêmes thèmes de revendication (abus de pouvoirs, souverainisme économique, amélioration des conditions sociales), mêmes dirigeants de partis politiques,  même scène ( la Place du 13 mai), même recours au religieux. On semble avoir affaire à une société bloquée sur le plan politique. Cette situation s’explique, en partie,  par l’absence de rupture juridique et politique avec l’ordre antérieur à l’indépendance. En conclusion, la préparation a été effectuée dans une orientation qui ne s’insérait pas dans une perspective de l’indépendance. La responsabilité en incombait aussi bien aux Français qu’aux Malgaches

Vous avez été un des artisans des accords de 1973 ; quel progrès représentaient-ils par rapport aux institutions et à l’état de préparation de 1960 ?
R. Ranjeva : La révision des accords franco-malgaches en 1973 se fondait sur une analyse de la dichotomie, qui résultait des accords de 1960, entre d’une part la reconnaissance de la souveraineté et de l’autre la plénitude de la jouissance et de l’exercice de cette souveraineté. Le problème était lié à l’absence de clauses de révision de ces accords. Les accords de 1973 mettaient fin à cette distinction et Madagascar recouvrait la plénitude de la souveraineté. Le pays a pu ainsi se lancer dans une politique tous azimuts, même si avec le recul elle n’a pas apporté les fruits escomptés. En 1973, le Président Pompidou a réorienté la politique industrielle et économique de la France dans une perspective européocentriste qui a entraîné le désengagement progressif de la Coopération française.

Après chaque alternance du pouvoir, les dirigeants s’empressent d’instaurer une nouvelle République. Y a-t-il eu amélioration du sort de la population malgache, plus de bien-être et de justice et sociale ?
R. Ranjeva : On a connu en 2009 l’unique coup d’état,  une prise illégale du pouvoir par des moyens inconstitutionnels et brutaux. Sinon, on a eu affaire à des crises répétées qui se sont terminées par l’effondrement des régimes en place. La féconde créativité en matière constitutionnelle est illustrée par 12 révisions en cinquante ans. Chaque nouvelle constitution a servi à simplement justifier à posteriori les événements qui ont amené le changement politique, sans rupture politique.
A propos du droit constitutionnel, le malentendu découle de la traduction de ce concept en malgache. Pour les uns, il désigne des mécanismes de conquête, de transmission et d’exercice du pouvoir. Pour les autres, il définit les bases de la nation, c’est-à-dire le pacte social : volonté de vivre en commun, justice et dialogue social ainsi que l’organisation institutionnel du pouvoir. Le choix de la traduction (lalam-panorenana ou lalan’ny Fitondram-panjakana) porte donc à conséquence. Si on a essentiellement en vue le pouvoir, les crises liées aux élections ou à l’exercice de ce pouvoir ébranlent les fondements mêmes de l’Etat. L’adoption d’une constitution sans débat politique ne constitue qu’un agencement du pouvoir. Il diabolise le régime précédent sans rompre avec les pratiques politiques qu’il prétend abolir. Les crises reviennent alors comme de vieilles rengaines.
Le coût économique et social de ces crises à répétition est patent : la descente aux enfers continue et l’amorce du développement rural s’arrête. Il est de bon ton alors de parler d’une économie prise en otage par la politique ; mais on doit se demander, face au comportement des dirigeants, si le politique n’a pas été tenu en otage par l’économique. Au nom de l’impératif du développement, on impose des sacrifices, surtout en matière de libertés publiques, alors que le développement en 50 ans reste une illusion.   

La crise actuelle se prolonge depuis près d’une année et demie, voyez-vous une sortie possible ?
R. Ranjeva : La crise perdure. Tout ce qui a été imaginé n’a pas été pertinent. Les différents acteurs se sentent impuissants et las. Désormais, gardons-nous de transposer ou d’imposer des solutions extérieures. On n’a pas voulu faire confiance aux valeurs malgaches, ni reconnaître que les Malgaches revendiquaient la reconnaissance et le respect.
Il serait présomptueux de prétendre trouver une solution miracle.  Compte tenu des pratiques de sortie de crises à Madagascar, des expériences étrangères, des ressources humaines et des compétences disponibles on peut admettre raisonnablement qu’une recherche sérieuse de solution n’est pas à exclure. Pour le moment, la sortie de crise est la première des priorités, et ensuite, très vite, il faudra aborder les problèmes de sécurité, de progrès économique, de justice sociale, etc.
      
Faut-il de nouvelles institutions telles qu’elles sont prévues par la feuille de route de la Haute autorité de transition (HAT) ? Ne serait-on pas plus inspiré de constituer un gouvernement d’union nationale composé de personnalités au-dessus de la mêlée politique pour rétablir la bonne gouvernance et organiser des élections libres, transparentes et crédibles ?
R. Ranjeva : Pour être direct, je ne pense pas que, sur le plan technique, après la non-candidature de M. Andry Rajoelina aux prochaines présidentielles, la création de nouvelles institutions soit une priorité absolue. La nation ne peut connaître le règlement de ses difficultés que si elle prend conscience de ses  maux: la peste du clientélisme, le choléra de la rapacité financière, la lèpre de la politique partisane et le cancer de l’impunité pour les tenants du pouvoir. Un véritable traitement s’impose pour qu’advienne une guérison.
A mon humble avis, la solution consiste à éviter l’accaparement du pouvoir par les forces partisanes et à instaurer un gouvernement neutre dont les membres n’auront des comptes à rendre qu’au peuple et à la nation malgache; un gouvernement inclusif dont le pouvoir de proposition ne relèvera pas d’un choix arbitraire unilatéral.  Il doit être fort pour pouvoir réaliser les performances qui lui seront assignées, et dans le temps et dans l’espace, selon un programme et un calendrier bien définis.

Seriez-vous, Monsieur le Professeur, d’accord d’assumer provisoirement la présidence de la République et de désigner un gouvernement d’union nationale pour cette période transitoire ?
R. Ranjeva : A cette question claire une réponse claire : il n’est pas question de Présidence de la République dans la mesure où les élections sont incontournables. Cependant, tout autre est le problème de l’exercice de la responsabilité pendant la période de transition. Evitons de personnaliser la question en faisant référence à moi-même, mais si le cadre consensuel et inclusif s’y prête toute personne animée d’une véritable compassion pour son pays et son peuple, de l’envie d’essayer de le guérir, et d’une foi frisant l’inconscience, pourrait se lancer dans cette aventure.  

Y a-t-il une autre manière de sortir Madagascar de la crise, de son isolement international et des sanctions prises à l’encontre de votre pays par la communauté internationale ?
R. Ranjeva : L’état de pauvreté, dans lequel se trouve la population et qui forme un contraste scandaleux avec le spectacle offert par les nouveaux riches qui, depuis des années déjà, ont monopolisé le pouvoir et ses attributs ainsi que la stratégie de survie individuelle cachent l’étendue de la crise. A cela s’ajoutent les manoeuvres déployées pour tenter de faire croire qu’une vie normale aurait repris ses droits : foire, organisations de spectacles, etc. A l’examen ce sont des effets d’annonce et le fait d’entreprises non malgaches. Les yeux cependant se sont dessillés après l’annonce des sanctions de l’Union Européenne, certains spéculant sur un veto de la France.
Une fois que M. Rajoelina a unilatéralement annoncé l’exécution de ce qui était stipulé dans le projet d’accord de Prétoria I, la confusion a prévalu, en particulier après la validation de ce projet par la Commission de l’Océan Indien (COI : France de l’Océan Indien, soit la Réunion et Mayotte, ainsi que Maurice, les Comores et les Seychelles). Dans ces conditions, quelle chance peut-on encore accorder à Pretoria II ? Sincèrement, je suis d’avis que la Communauté internationale serait mieux inspirée de soutenir le processus malgache de guérison au lieu de faire pression en faveur d’une fausse bonne solution : l’organisation dans la hâte d’élections alors que le pays n’est pas encore apaisé.
Le blocage ethnique est-il un facteur qui retarde ou empêche la sortie de la crise ?
R. Ranjeva : Le blocage ethnique est une sempiternelle question. Le Président Tsiranana aimait à rappeler à ses ministres un fait historique : le « Royaume de Madagascar », dirigé par un souverain merina,  a été le dernier à opposer une résistance à la pénétration française, et les colonisateurs avaient besoin de le diaboliser pour légitimer la colonisation. Propos de bon sens et de vérité! Qu’il me soit permis d’insister sur deux faits éloquents : d’abord la guerre civile entre Plateaux et Côte n’a jamais eu lieu, et ensuite on n’a jamais prôné à Antananarivo ou sur les Plateaux l’expulsion des Côtiers vers leurs régions d’origine. Par ailleurs, ainsi que j’ai eu l’occasion de le dire, il y a longtemps déjà, lors de la création de l’Université d’Antananarivo et partant des cinq autres universités : « le développement dans l’unité nationale ne signifie pas merinisation de l’île ni exclusion des Merina ».
Sur ces bases, le blocage en invoquant la rivalité ethnique est hors débat dans la situation actuelle. C’est un prétexte obsessionnel opposé par une branche réactionnaire, attachée à une approche passéiste de la connaissance de la population, à la catégorisation des Malgaches selon leur religion, leur appartenance familiale, leur « langue » qui n’est, en fait, qu’une variante régionale d’une langue unique. La faiblesse de la densification des relations sociales est générale et due à des causes autres que la situation géographique sur les Plateaux ou sur la Côte. Le blocage ethnique ne s’est pas produit dans les précédentes sorties de crises : des Merinas ont dirigé la transition. Les crises sont survenues lorsque certains esprits chagrins ont prétendu que les privilèges des autres groupes ethniques étaient remis en cause dans le processus d’éligibilité à la tête de l’Etat.
   
                            Propos recueillis par José Ribeaud

Par sammy rasolo
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Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /Juin /2010 17:29

 

Par sammy rasolo
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Dimanche 27 juin 2010 7 27 /06 /Juin /2010 18:15

Il ne pense pas se présenter à l'élection présidentielle. Mais par contre, il estime que tout citoyen, lui ou un autre, réconnu capable de rassembler les forces vives, doit accepter de prendre ses responsabilités pour une vraie transition consensuelle. Raymond Ranjeva est enfin sorti de son silence, sous la plume d'un journaliste suisse, José Ribeaud, ancien rédacteur en chef de "Liberté" et chroniqueur indépendant  auprès de plusieurs  titres francophones, pour confirmer ce que d'autres ont déjà dit sur le changement intervenu à Madagascar mais aussi pour apporter une vision historiquement plus large et techniquement plus détaillée des problèmes du pays.   

Raymond Ranjeva ( né en 1942), rappelons-le, est Professeur émérite de droit public et de science politique de l’Université d’Antananarivo, ancien Recteur de l’Université et vice Président honoraire de l’Académie Malagasy. Connu sur le plan des relations internationales comme membre de plusieurs délégations de Madagascar, notamment pour le droit de la mer, il a été vice Président ( 2003-2006) et Juge de la Cour internationale de Justice de la Haye (1991-2009). Par ailleurs, il a participé à divers règlements de différends portant sur le droit des affaires ou le droit du sport, dans le cadre de la Cour internationale d’Arbitrage de la Chambre de Commerce international et du Tribunal arbitral du Sport. L’année dernière, sur mandat du Bureau international du Travail, il a présidé la Commission internationale d’enquête et de conciliation sur le Zimbwabwe. Engagé sur le plan social, il a été secrétaire général du 1er comité malgache de défense des droits de l’homme(1971) et il est, depuis 2003, membre du Conseil pontifical Justice et Paix.


José Ribeaud a tenu à bien situer le contexte de l'actuelle crise.

Le 26 juin, Madagascar, ancienne colonie française (1896-1960), célèbre les 50 ans de son retour à l’indépendance dans la morosité, constatant l’échec de la Haute Autorité de la Transition et de son Président Andry Rajoelina, qui a accédé au pouvoir à la suite d’un coup d’état contre le Président élu Marc Ravalomanana. Le régime de transition ne se fait pas accepter par la population ni reconnaître par la communauté internationale.  Seule la France dit encore croire aux promesses de son protégé.

"Personnalité reconnue pour son intégrité, sa compétence, et son autorité, Raymond Ranjeva est considéré comme capable de rassembler les forces vives, de regagner la confiance de la population, des investisseurs et des chancelleries et de faire appliquer le droit constitutionnel". Dans son interview, il ne se prend pas pour le Messie, mais n’exclut pas de s’engager pour mettre fin à la crise, une fois que M. Rajoelina et toute son équipe et ce gouvernement, auront fait, selon M. Ribeaud, acte de civisme et de patriotisme en abandonnant le pouvoir.


Propos du Professeur Raymond Ranjeva

Parlant de la crise politique actuelle et de la décision unilatérale de M.Rajoelina de faire adopter rapidement une nouvelle constitution et d’organiser les élections, le Professeur Raymond Ranjeva a rappelé les conditions dans lesquelles l’indépendance a été déclarée. Il n’y a pas eu de débat de politique avant l’adoption de la 1èreconstitution. Ce sont les élites politiques de la période coloniale qui ont fixé les bases de la République malgache et négocié les accords de coopération avec la France en 1960. Il n’y a donc pas eu de rupture après la période coloniale puisque, aux termes des accords de coopération, Madagascar était formellement indépendant mais n’exerçait pas la plénitude de sa souveraineté. Les accords franco-malgaches de 1973, dont Raymond Ranjeva a été un des artisans, a mis fin à cette distinction entre la reconnaissance de l’indépendance et l’exercice des compétences souveraines.

Selon la pratique jusqu’ici observée à Madagascar, l’élaboration d’une nouvelle constitution n’a pas donné lieu à un véritable débat national mais à une confiscation du projet par le gouvernement ; elle portait principalement sur les questions institutionnelles et a été utilisée pour justifier les événements survenus dans le cadre d’une diabolisation du régime déchu. Ces conditions expliquent l’absence de solution pérenne sur le plan constitutionnel (12 modifications en 50 ans), le report des échéances pour le traitement des problèmes politiques de fond et l’absence apparente d’évolution de la vie politique nationale. La non-candidature de M. Rajoelina aux présidentielles ne justifie donc pas l’urgence de l’adoption de nouvelles dispositions sur les institutions.

Le Professeur Ranjeva a ensuite attiré l’attention sur les coûts économiques et sociaux de ces crises à répétition. Mais face au comportement des dirigeants et des nouveaux riches, il se demande si le politique n’est pas tenu en otage par les puissances économiques au détriment des libertés publiques, alors que le développement reste une illusion. Pour sortir de la crise actuelle, il estime indispensable de prendre conscience des maux dont souffre la Nation malgache : la peste du clientélisme, le choléra de la rapacité financière, la lèpre de la politique partisane et le cancer de l’impunité pour les dirigeants. Un véritable traitement s’imposera pour qu’advienne une véritable guérison. Pour ce faire, il faut éviter l’accaparement du pouvoir par les forces partisanes et instaurer un gouvernement neutre, inclusif et fort pour pouvoir réaliser les performances qui lui seront assignées selon un programme et un calendrier bien définis. Aussi est-il d’avis que la communauté internationale serait bien avisée d’appuyer le processus de guérison au lieu de presser les Malgaches de se soumettre à de fausses bonnes solutions, telles que les élections précipitées alors que la paix civile et la sérénité politique ne sont pas au rendez-vous.

Interrogé sur ses projets politiques personnels, Raymond Ranjeva écarte, dans les circonstances actuelles, la candidature à la Présidence de la République. Mais s’agissant de l’exercice de la responsabilité pendant la période de transition, il ne veut pas personnaliser la question en faisant référence à lui-même : si le cadre consensuel et inclusif s’y prête, toute personne animée d’une véritable compassion pour son pays et son peuple, de l’envie d’essayer de le guérir, et d’une foi frisant l’inconscience, pourrait se lancer dans cette aventure.

 

La question ethnique

Enfin, sur la question du blocage ethnique présentée comme un facteur de blocage de la sortie de crise, il s’insurge contre le prétexte obsessionnel de certains esprits réactionnaires. Le blocage ethnique, qui n’a rien à voir avec le débat actuel, est brandi par les esprits convaincus du bienfondé de la diabolisation colonialiste du Royaume de Madagascar, ennemi de la pénétration coloniale. L’absence de guerres ethniques entre les originaires des Hautes Terre et ceux des régions côtières confirme la falsification de l’histoire. Il ne faut pas oublier que des Merina ont dirigé les transitions pour sortir des crises.

 

 

Par sammy rasolo
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Mercredi 9 juin 2010 3 09 /06 /Juin /2010 20:59

                                 La COI après l'OIF ? La COI est pour des élections rapides pour résoudre la crise malgache. Elle prefère toutefois rester dans une ambiguïté: elle ne précise pas si elle est prête à soutenir des élections organisées unilatéralement par le pouvoir putschiste. Mais elle n'en est pas loin apparemment. Alain Joyandet n'a pas réussi à lui faire franchir le pas décisif. En tout cas, on observe une offensive du côté de la Francafrique. La France est isolée, sur le plan international, dans sa position sur la crise malgache. Elle tente de briser cet isolement. Sans oser déclarer de manière formelle qu'elle soutient Andry Rajoelina, elle ne cesse de le démontrer par ses actes. Tout le monde sait que c'est la France qui est intervenue auprès du Président Wade pour qu'il reçoive Andry Rajoelina. Elle était également derrière les rencontres Tgv-Kadhafi. Malgré tout, l'Union Africaine, et le SADC avant elle, ne s'est pas laissée berner. Pour autant,  elle ne desespère pas de rallier tout de même du monde à sa cause. Convaincre l'OIF n'a pas été bien difficile puisque cette organisation s'aligne systématiquement sur la position de la France sur toutes les questions africaines. Et généralement, c'est cette organisation qui cautionne les élections contestées en Afrique par l'envoi d'observateurs. Mais la France n'entend pas rester là. Elle a presque réussi à faire basculer la COI. Et elle continue à "vendre" des idées qui n'apporteront aucunement la paix à Madagascar par l'intermédiaire d'un prétendu expert. Des élections organisées de manière unilatérale par le pouvoir hat n'auront aucune credibilité. Que l'idée soit soutenue par un éminent professeur n'y change rien. Suite à la décision de Andry Rajoelina de ne pas participer à l'élection présidentielle, la France pense que cette voie est de nouveau "soutenable".

 

                                                                  POUVOIR CONSENSUEL ET NEUTRE

                                 Il n'y a que deux alternatives possibles pour des élections crédibles à Madagascar: soit elles sont organisées par un pouvoir consensuel et inclusif, soit elles sont organisées par un pouvoir neutre. "Neutre parce que fort et  fort parce que neutre", affirme un ancien grand universitaire qui a réquis l'anonymat. Essayer d'imposer par la force des élections basculera le pays encore plus dans la violence. Croire que l'armée s'est ressoudée  derrière les putschistes simplement parce que les hommes du FIGN ont été écrasés dans leur tentative de rebellion est une erreur. Le feu mal éteint se rallume assez vite. Un embrasement général n'est pas impossible. Ceux qui s'entêtent à diriger le pays sans aucune autre légitimité que leurs armes en seront responsables. Tout ce qui se passe à Madagascar n'est que manipulation à l'heure actuelle. A commencer par le comité consultatif constitutionnel chargé de recueillir les propositions. Il est difficile de concilier des positions extrêmes alors quelle légitimité permettra au comité de retenir, entre autres exemples, la formule bicephale plutôt que monocephale pour l'exécutif. Quelle légitimité lui permettra de choisir la forme unitaire plutôt que fédérale ? Quelle légitimité lui permettra d'imposer le régime parlémentaire plutôt que le régime présidentiel ? Aucune. Essayer de concevoir une synthèse entre toutes les extrêmités est un exercice difficile qui ne mène pas nécessairement à un bon texte. Et tout ceci amène à penser que l'on est peut être devant une grande farce. Et si un cabinet, quelque part, a déjà un projet de texte tout prêt qui sera présenté comme la synthèse de toutes les propositions ?  C'est une suspicion mais combien justifiée. Alors, il est temps que les uns et les autres agissent avec bonne foi et dans le seul intérêt de la nation. D'où, pour éviter les suspicions et pour que toutes les parties au conflit puissent prouver cette bonne foi nécessaire pour qu'il y ait vraiment la paix et la serenité, il faut un pouvoir consensuel. Consensuel et inclusif si possible sinon tout au moins seulement consensuel et neutre. Ce pouvoir ne peut pas être l'actuel. Le seul moyen de contourner les Accords de Maputo et l'acte additionnel d'Addis Abeba est cette formule "consensuelle et neutre". Il faudra confier la transition, la vraie, à une personnalité capable de convaincre la communauté internationale par son parcours et ses connaissances. Et l'auteur de cet article pense encore, malgré l'hostilité de certains (l'unanimité est difficile à obtenir), à Raymond Ranjeva.

                         En tout cas, la CENI n'est pas une garantie suffisante pour des élections transparentes et libres. L'exemple burundais vient de le prouver.

Par sammy rasolo
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